Déshydratation et cerveau : quels effets sur la concentration, la mémoire et l’attention ?

La déshydratation ne concerne pas uniquement la sensation de soif ou la fatigue physique. Le cerveau est particulièrement sensible aux variations de l’équilibre hydrique. Mais quels sont réellement les effets d’un manque d’eau sur l’attention, la concentration, la mémoire et les performances cognitives ? Que dit la littérature scientifique ?

Déshydratation et cerveau : quel lien ?

L’eau est indispensable au fonctionnement de l’organisme et du cerveau. Elle participe notamment au maintien de l’équilibre interne de l’organisme, au transport des nutriments et à de nombreux processus physiologiques nécessaires au fonctionnement des cellules.

Lorsque les pertes hydriques deviennent importantes et ne sont pas suffisamment compensées, l’organisme met en place différents mécanismes pour préserver cet équilibre.

Le cerveau est lui aussi concerné par ces variations.

Des travaux expérimentaux ont notamment montré que des épisodes de déshydratation aiguë peuvent s’accompagner de modifications mesurables de certains paramètres cérébraux à l’imagerie. Ces modifications sont toutefois réversibles et ne signifient pas que la déshydratation « endommage » le cerveau. [1]

Il est donc important de distinguer deux questions :

  • la déshydratation peut-elle modifier certains paramètres cérébraux ?
  • entraîne-t-elle systématiquement une diminution des capacités cognitives ?

Pour la seconde question, la réponse scientifique est plus nuancée.

La déshydratation peut-elle diminuer la concentration ?

C’est l’un des effets les plus étudiés.

Une méta-analyse publiée en 2018, portant sur 33 études, a retrouvé une diminution faible mais statistiquement significative des performances cognitives chez des personnes déshydratées. Les effets étaient notamment observés pour les tâches sollicitant l’attention et certaines fonctions exécutives. Les auteurs retrouvaient des effets plus importants lorsque la perte hydrique dépassait environ 2 % du poids corporel. [2]

La concentration et la capacité à maintenir son attention pourraient donc être particulièrement sensibles à une déshydratation importante.

Cependant, cette conclusion ne doit pas être généralisée à toutes les situations de la vie quotidienne.

Une autre méta-analyse publiée en 2019, portant elle aussi sur les effets de la déshydratation sur les performances cognitives, n’a pas retrouvé d’altération significative de la cognition globale, ni des principaux domaines étudiés, y compris lorsque la perte hydrique dépassait 2 % du poids corporel. Les auteurs soulignent néanmoins une forte hétérogénéité entre les études. [3]

Autrement dit, les résultats scientifiques ne permettent pas de dire que « boire moins entraîne forcément une baisse de concentration ».

Ils suggèrent plutôt que certaines situations de déshydratation, notamment lorsqu’elles sont plus importantes, peuvent affecter certaines fonctions cognitives chez certaines personnes.

Et la mémoire ?

La mémoire est souvent citée parmi les fonctions susceptibles d’être influencées par l’état d’hydratation.

Pourtant, là encore, les résultats sont loin d’être uniformes.

Les études ne montrent pas systématiquement une altération de la mémoire chez les personnes déshydratées. Les effets observés peuvent dépendre du type de mémoire évalué, du degré de déshydratation, de la méthode utilisée pour provoquer cette déshydratation, de la température ambiante, de l’activité physique et des caractéristiques des participants.

Une revue systématique consacrée spécifiquement aux fonctions exécutives a analysé 33 études représentant 3 636 participants. Les résultats étaient très hétérogènes : environ la moitié des études rapportaient des effets faibles ou incertains, tandis que les autres suggéraient des modifications de certaines fonctions, notamment la mémoire de travail, le contrôle inhibiteur ou l’attention. [4]

Cette hétérogénéité est importante à rappeler.

Déshydratation, fatigue et fonctionnement mental

La déshydratation peut également s’accompagner d’une sensation de fatigue ou d’une diminution du bien-être subjectif.

Mais il existe ici un facteur important à prendre en compte : les conditions dans lesquelles la déshydratation survient.

De nombreuses études expérimentales utilisent par exemple l’exercice physique, parfois dans un environnement chaud, pour provoquer une perte hydrique.

Dans ces conditions, la chaleur, l’effort physique, la fatigue et la déshydratation peuvent tous contribuer aux modifications observées.

Il est donc difficile d’attribuer l’ensemble des effets uniquement au manque d’eau.

C’est l’une des raisons pour lesquelles les résultats des études ne sont pas toujours concordants.

Que se passe-t-il lorsque la déshydratation devient plus importante ?

Plus la perte hydrique est importante, plus les conséquences physiologiques deviennent susceptibles d’être significatives.

Une perte d’eau correspondant à environ 2 % du poids corporel est souvent utilisée dans les études expérimentales comme seuil de déshydratation modérée. Par exemple, pour une personne de 60 kg, cela correspond à environ 1,2 kg de perte de poids, principalement sous forme d’eau.

Il ne faut cependant pas interpréter ce chiffre comme un seuil universel à partir duquel le cerveau « ne fonctionne plus correctement ».

La réponse dépend du contexte et de nombreux facteurs individuels.

La chaleur, l’exercice, la fièvre, les vomissements, les diarrhées ou certaines situations médicales peuvent augmenter les pertes hydriques.

Les personnes âgées sont-elles plus vulnérables à la déshydratation ?

La question est particulièrement importante chez les personnes âgées.

Avec l’avancée en âge, plusieurs mécanismes peuvent favoriser la déshydratation, notamment une diminution de la sensation de soif et des modifications de la capacité de l’organisme à réguler son équilibre hydrique.

Une revue systématique consacrée aux personnes de 60 ans et plus a retrouvé une association entre déshydratation et plusieurs complications de santé. Les données concernant spécifiquement les performances cognitives sont cependant décrites comme limitées et hétérogènes. [5]

Chez les personnes âgées, la prévention de la déshydratation reste donc importante, mais elle ne doit pas être présentée uniquement sous l’angle de la cognition.

Combien faut-il boire pour bien hydrater son cerveau ?

Il n’existe pas une quantité d’eau identique pour tout le monde.

Les besoins hydriques varient notamment selon :

  • l’âge
  • le sexe
  • l’activité physique
  • la température et le climat
  • la transpiration
  • l’alimentation
  • la fièvre ou certaines pertes digestives
  • certaines situations physiologiques ou médicales.

L’EFSA définit des apports adéquats en eau totale de 2,0 L/jour chez la femme et 2,5 L/jour chez l’homme adulte dans des conditions modérées. Ces valeurs incluent l’eau provenant des boissons mais aussi celle contenue dans les aliments. [6]

En France, l’Anses indique comme repère général de boire environ 1,5 à 2 L d’eau par jour chez l’adulte, en précisant que les besoins peuvent varier selon les situations. [7]

Ces chiffres ne sont pas des règles rigides.

Une personne qui consomme beaucoup de fruits, légumes, soupes ou autres aliments riches en eau n’aura pas nécessairement les mêmes besoins en boissons qu’une personne dont l’alimentation contient moins d’eau.

De même, les besoins augmentent lorsque les pertes hydriques sont importantes.

Faut-il boire avant d’avoir soif ?

La sensation de soif participe naturellement à la régulation des apports hydriques.

Dans certaines situations, cependant, il peut être utile de boire régulièrement plutôt que d’attendre une sensation de soif très importante, notamment chez les personnes âgées ou lorsque les pertes hydriques sont élevées.

L’objectif n’est pas de boire en permanence ni de chercher à atteindre un volume maximal.

L’objectif est de maintenir une hydratation adaptée à ses besoins.

Boire excessivement n’apporte pas de bénéfice démontré sur les capacités cognitives chez une personne correctement hydratée. À l’inverse, une consommation d’eau très importante et très rapide peut, dans des circonstances particulières, entraîner une hyponatrémie. Cette situation reste rare mais rappelle qu’en matière d’hydratation, « plus » ne signifie pas nécessairement « mieux ».

Déshydratation et cerveau : que peut-on retenir ?

Les données scientifiques permettent aujourd’hui de retenir plusieurs éléments.

1. Le cerveau est sensible à l’état d’hydratation.

Les variations importantes de l’état hydrique peuvent s’accompagner de modifications physiologiques et de changements mesurables à l’imagerie cérébrale.

2. La déshydratation peut affecter certaines fonctions cognitives.

Les études suggèrent notamment des effets possibles sur l’attention, la vigilance et certaines fonctions exécutives.

3. Les résultats sont toutefois hétérogènes.

Toutes les études ne retrouvent pas de diminution des performances cognitives, notamment lors d’une déshydratation légère.

4. Il n’existe pas de preuve qu’il faille boire davantage que ses besoins pour « booster » son cerveau.

Chez une personne correctement hydratée, augmenter systématiquement sa consommation d’eau n’a pas démontré un bénéfice cognitif universel.

5. Les besoins hydriques sont individuels.

Ils dépendent du contexte, de l’alimentation, de l’activité physique, de l’environnement et de l’état de santé.

L’hydratation fait donc partie des fondamentaux d’une alimentation adaptée, mais elle ne doit pas devenir une nouvelle injonction nutritionnelle.

Comme souvent en nutrition, l’objectif n’est pas de faire « plus ».

C’est de répondre correctement aux besoins de son organisme.

À retenir

Une déshydratation importante peut affecter certaines fonctions cognitives, notamment l’attention et certaines fonctions exécutives. En revanche, les données scientifiques sont plus nuancées concernant une déshydratation légère et ne justifient pas de recommander une surconsommation d’eau pour améliorer les performances du cerveau.

Une hydratation adaptée repose avant tout sur une consommation régulière et suffisante de boissons et d’aliments contenant de l’eau, ajustée aux besoins de chacun.

Consultations nutrition

Pour aller plus loin dans votre démarche santé, découvrez mes consultations en nutrition fonctionnelle et intégrative : Consultations et Programmes

FAQ : Déshydratation et cerveau

La déshydratation peut-elle provoquer des difficultés de concentration ?

Une déshydratation importante peut affecter certaines fonctions cognitives, notamment l’attention, la vigilance et certaines fonctions exécutives. Les études scientifiques ne montrent cependant pas systématiquement une baisse de concentration lors d’une déshydratation légère. Les effets semblent dépendre notamment du degré de déshydratation et du contexte.

Est-ce que le manque d’eau peut faire perdre la mémoire ?

Les données sont plus nuancées concernant la mémoire. Certaines études ont observé des modifications de certaines performances mnésiques ou de la mémoire de travail lors d’une déshydratation, mais les résultats ne sont pas suffisamment concordants pour affirmer qu’un manque d’eau entraîne systématiquement des troubles de la mémoire.

Quels sont les effets de la déshydratation sur le cerveau ?

Une déshydratation importante peut s’accompagner de fatigue, d’une diminution de la vigilance et de modifications de certaines performances cognitives, notamment de l’attention et de certaines fonctions exécutives. Des études d’imagerie ont également montré des modifications réversibles de certains paramètres cérébraux lors d’une déshydratation aiguë.

Combien faut-il boire par jour pour bien hydrater son cerveau ?

Il n’existe pas une quantité d’eau identique pour tout le monde. Les besoins dépendent notamment de l’âge, de l’activité physique, de la température, de l’alimentation et des pertes hydriques. À titre de repère, l’Anses indique environ 1,5 à 2 L de boissons par jour chez l’adulte dans des conditions habituelles, alors que les recommandations européennes prennent en compte l’eau provenant à la fois des boissons et des aliments.

Boire beaucoup d’eau améliore-t-il la concentration ?

Pas nécessairement. Chez une personne correctement hydratée, boire davantage que ses besoins ne permet pas de conclure à une amélioration systématique des performances cognitives. L’objectif est de maintenir une hydratation adaptée aux besoins de l’organisme plutôt que de chercher à boire le plus possible.

Comment savoir si je ne bois pas suffisamment ?

La soif peut être un signal utile, mais les besoins hydriques varient selon les personnes et les situations. Une urine très foncée, une bouche sèche, une fatigue inhabituelle ou des maux de tête peuvent notamment accompagner un manque d’hydratation, mais ces signes ne sont pas spécifiques de la déshydratation. En cas de pertes importantes liées à la chaleur, à la fièvre, à des vomissements ou à des diarrhées, les besoins peuvent augmenter.

La déshydratation est-elle plus problématique chez les personnes âgées ?

Les personnes âgées peuvent être davantage exposées à la déshydratation, notamment parce que la sensation de soif peut diminuer avec l’âge et que certains mécanismes de régulation hydrique évoluent. Une attention particulière à l’hydratation peut donc être nécessaire, notamment lors des périodes de chaleur ou en cas de maladie. Les conséquences potentielles dépassent largement la seule question des performances cognitives.

Sur le même thème

Références

  1. Kempton MJ et al. Effects of acute dehydration on brain morphology in healthy humans. Human Brain Mapping, 2008.
  2. Wittbrodt MT, Millard-Stafford M. Dehydration Impairs Cognitive Performance: A Meta-analysis. Medicine & Science in Sports & Exercise, 2018.
  3. Goodman SPJ, Moreland AT, Marino FE. The effect of active hypohydration on cognitive function: A systematic review and meta-analysis. Physiology & Behavior, 2019.
  4. Katz B, Airaghi K, Davy B. Does Hydration Status Influence Executive Function? A Systematic Review. Journal of the Academy of Nutrition and Dietetics, 2021.
  5. El-Sharkawy AM et al. Dehydration in older people: A systematic review of the effects of dehydration on health outcomes, healthcare costs and cognitive performance.
  6. EFSA. Dietary Reference Values for water.
  7. Anses. Boire de l’eau : les bonnes pratiques.