Psychonutrition : les mécanismes d’action dans la dépression

Psychonutrition : le domaine de la psychiatrie nutritionnelle a montré le rôle de l’alimentation dans l’apparition de la dépression et la gestion des symptômes. 

Des modèles alimentaires, comme le régime méditerranéen et une alimentation anti-inflammatoire, sont ainsi associés à un risque réduit de dépression. Des associations similaires existent pour l’anxiété et le trouble bipolaire. 

Les associations entre la qualité de l’alimentation et l’incidence sur la santé mentale semblent être présentes tout au long de la vie, y compris chez les enfants et les adolescents. Elles sont également observées dans des études intergénérationnelles étudiant le rôle de l’alimentation maternelle sur la santé mentale des enfants.

Je vous propose un aperçu des connaissances concernant les mécanismes d’action par lesquels l’alimentation peut influencer la santé mentale et cérébrale. Cette revue a été publiée dans Nature.

On peut notamment citer la modulation des voies impliquées dans :

  • L’inflammation
  • Le stress oxydatif
  • L’épigénétique
  • La dysfonction mitochondriale
  • Le microbiote intestinal
  • Le métabolisme du tryptophane/kynurénine
  • L’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA)
  • La neurogenèse et le Brain-Derived Neurotrophic Factor (BDNF)
  • L’obésité
  • L’épigénétique. 

L’inflammation

Environ 25 % des personnes atteintes de troubles neuropsychiatriques, y compris les troubles de l’humeur et la schizophrénie, ont des niveaux élevés d’inflammation.

Certains modèles alimentaires (et leurs composants individuels) ont démontré des propriétés anti-inflammatoires pouvant être pertinentes pour les troubles de santé mentale.

Psychonutrition et stress oxydatif

Le stress oxydatif représente le déséquilibre entre les processus oxydatifs et antioxydants. Il peut entraîner des lésions cellulaires des lipides, des protéines et de l’ADN. Un stress oxydatif persistant est impliqué dans la dépression et d’autres troubles de santé mentale.

L’alimentation peut à la fois aggraver et atténuer le stress oxydatif. C’est le cas avec une diminution ou une augmentation des apports en antioxydants.

Le microbiote intestinal

Un corpus croissant de littérature implique le microbiote intestinal dans la régulation des processus physiologiques, dont les fonctions cognitives, les troubles neuropsychiatriques et le comportement, via l’axe microbiote-intestin-cerveau.

Les modifications du microbiote intestinal par l’alimentation peuvent donc contribuer à des changements comportementaux.

L’axe hypothalamo-hypophyso-surrénalien (HPA)

L’axe HPA est composé de l’hypothalamus, de l’hypophyse et des glandes surrénales. Il régule la production de glucocorticoïdes et il est impliqué dans la physiopathologie des troubles neuropsychiatriques.

Plus de 60 % des personnes souffrant de dépression ont une production excessive de cortisol ou d’autres perturbations de l’axe HPA. Plusieurs interventions nutritionnelles ont montré des résultats positifs pour diminuer le taux de cortisol notamment.

La neurogenèse chez l’adulte et le facteur neurotrophique dérivé du cerveau (BDNF)

L’hippocampe joue un rôle central dans l’apprentissage, la formation de la mémoire et l’humeur.

Le BDNF est la molécule emblématique qui illustre l’action de l’alimentation, de l’exercice physique et des antidépresseurs sur les comportements dépressifs et anxieux.

Il existe des preuves convaincantes que l’alimentation peut moduler la régulation du BDNF et de la neurogenèse hippocampique chez l’adulte.

Métabolisme du tryptophane/kynurénine

Le tryptophane est un acide aminé essentiel qui doit donc être fourni par l’alimentation.

L’accent mis sur la disponibilité et le métabolisme du tryptophane en psychiatrie s’est largement centré sur sa conversion en sérotonine. La sérotonine est la cible thérapeutique pour la grande majorité des antidépresseurs et des anxiolytiques. 

Cependant, la voie physiologique dominante pour le tryptophane est celle de la kynurénine. Celle-ci conduit à la production de l’acide quinolinique neurotoxique et de l’acide kynurénique neuroprotecteur.

Psychonutrition et dysfonctionnement des mitochondries

La dépression, tout comme le trouble bipolaire et la schizophrénie, est associée à un dysfonctionnement mitochondrial. En effet, de nombreux symptômes de la dépression comme la fatigue et les plaintes cognitives sont concordants avec un dysfonctionnement mitochondrial et une diminution de la biogenèse.

Des preuves considérables suggèrent qu’une alimentation déséquilibrée pourrait y contribuer.

Épigénétique, exposition à une alimentation précoce et maternelle/paternelle. 

Les processus épigénétiques ont une influence sur la méthylation de l’ADN, associée à la dépression chez les adultes et à la fonction cognitive, la dépendance à l’alcool, au trouble bipolaire et à une diminution du volume de l’hippocampe. Mais pas à la schizophrénie.

La nutrition est d’ailleurs l’influence environnementale la plus étudiée dans le contexte des origines développementales de la santé et des maladies. 

Ce concept de l’origine développementale de la santé et des maladies DOHaD (Developmental Origins of Health and Disease) fait le lien entre les facteurs environnementaux, des fenêtres spécifiques du développement de l’individu et les répercussions sur sa santé. Et également celle de ses descendants.

Ce concept permet d’orienter les politiques de prévention en matière de santé.

Psychonutrition : l’obésité en tant que cause et conséquence des troubles de l’humeur

La relation multifactorielle entre l’alimentation, les troubles de l’humeur et l’obésité est bidirectionnelle et complexe.

Les données montrent que les hommes et les femmes en situation d’obésité ont un risque accru de 55 % de dépression. Et les personnes souffrant de dépression ont un risque accru de 58 % de devenir obèses. 

Plusieurs voies pourraient être impliquées dans la relation entre l’alimentation, les troubles de l’humeur et l’obésité.

Aussi, des niveaux plus élevés d’inflammation et de cytokines associées sont rapportés à la fois dans les troubles de l’humeur et l’obésité. Cela suggère un autre lien commun dans leur étiologie sous-jacente.

Des preuves croissantes soutiennent donc l’utilisation potentielle d’interventions alimentaires en complément du traitement des troubles mentaux, d’où l’intérêt de la psychonutrition.

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Référence

Marx, W., Lane, M., Hockey, M. et al. Diet and depression: exploring the biological mechanisms of action. Mol Psychiatry 26, 134–150 (2021).